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elections europeennes a Toulouse

[toulouse.divers]

Sujet : elections europeennes a Toulouse
Auteur : Joseph.Saint-Pierre (at) cict.fr (Joseph Saint Pierre)
Groupes : toulouse.divers
Date : 23 Jun 2009, 17:49:07
Message-ID : <wumy7zgdcc.fsf@ondine.cict.fr>

Bonjour.

 Je me permets de faire suivre dans ce forum quelques réflexions
informelles que j'ai écrites sur les récentes élections européennes
en partant d'analyses des résultats sur les bureaux de vote
toulousains. Pour l'anecdote j'ai effectué tous les calculs
avec des logiciels libres (R et GNU/PSPP).

==

 Les résultats des élections européennes du 7 juin 2009 sont très
intéressants à regarder, à analyser et je suis assez perplexe face aux
interprétations que j'ai pu entendre à la radio ou lire dans la presse
ou sur Internet.

 La plupart des analyses sont fondées sur des comparaisons avec les
résultats des élections précédentes et très souvent avec ceux des
élections présidentielles françaises de 2007 ou des élections européennes
de 2004.

 La comparaison entre les élections présidentielles françaises et les
élections européennes pose divers problèmes, les élections
présidentielles ne concernent que la France alors que les élections
européennes, même si elles sont organisées par pays concernent une
même institution regroupant les 27 pays de l'union. Le territoire
français est divisé en huit circonscription pour les élections
européennes les listes ne sont pas nécessairement les mêmes pour
toutes les circonscriptions, alors que l'élection présidentielle
concerne tout le territoire national avec les mêmes candidats. La
différence essentielle concerne le mode scrutin, les élections
européennes se faisant avec la proportionnelle alors que la plupart
des autres élections françaises se font avec un scrutin majoritaire
uninominal à deux tours. Il est vraisemblable que les comportements
des électeurs dépendent des modes de scrutin et pas strictement
de l'accord avec les idées des représentants pour lesquels ils
votent. Un nombre croissant d'électeurs semblent avoir des
stratégies complexes qui peuvent donner des variations
surprenantes.

 Je me suis livré à une comparaison statistique des résultats de 247
bureaux de vote de la commune de Toulouse disponibles sur le site
http://elections.toulouse.fr/, en juxtaposant les résultats de ces
mêmes bureaux pour les élections municipales de 2008 et pour les
élections présidentielles de 2007. À partir d'une méthode statistique
de régression multiple, j'ai acquis la conviction qu'une grande partie
des électeurs ayant voté pour François Bayrou au premier tour de la
présidentielle de 2007 ont voté pour la liste Europe Écologie aux
élections européennes du 7 juin 2009, bien évidemment de très nombreux
électeurs ayant voté pour Dominique Voynet ou José Bové lors du
premier tour de la présidentielle de 2007 ont voté pour la liste
Europe Écologie aux élections européennes du 7 juin 2009. Certes
Toulouse est sans doute un cas particulier, mais je suis convaincu que
cela reste significatif d'une attitude plus globale.

 Le résultat de François Bayrou lors du premier tour de l'élection
présidentielle, 18,57% des suffrages exprimés, est extrêmement fort,
par contre les résultats de Dominique Voynet et José Bové 1,57% et
1,32% à cette même élection sont plutôt bas. Pour les élections
européennes du 7 juin 2009, les liste du MODEM, parti de François
Bayrou, ont obtenu 8,45% des suffrages exprimées et celles d'Europe
Écologie 16,28% et il ne faut pas négliger les 3,63% obtenus par les
listes de l'Alliance Écologique Indépendante qui semblent avoir aussi
récupéré des électeurs ayant voté François Bayrou en 2007, à partir de
comparaisons chiffrés. Cela peut aussi s'expliquer par des proximités
plus politiques ou simplement de personnes comme Corinne Lepage.

 D'après moi le vote pour François Bayrou lors du premier tour de
l'élection présidentielle de 2007 ne correspondait pas seulement à une
acceptation des idées, du programme, de la personnalité du candidat.
De nombreux électeurs ayant voté pour ce candidat lors de cette
élection ont opéré un choix stratégique, correspondant à un rejet des
deux candidats arrivés en tête lors de ce scrutin, Nicolas Sarkozy et
Ségolène Royal. Une telle stratégie n'a strictement aucun intérêt dans
le cadre d'une élection se déroulant à la proportionnelle. Les choix
stratégiques des électeurs me semble beaucoup plus importants pour
expliquer les variations importantes à des scrutins très différents
par nature. La variation phénoménale des scores des candidats
"écologistes" entre présidentielles et européennes dépend, elle aussi,
plus de considérations stratégiques que d'un engouement subi pour des
idées vertes. La comparaison avec les municipales de 2008 au niveau
toulousain permet de relativiser certaines variations. Par exemple sur
Toulouse la liste du MODEM pour les européennes de 2009 a réalisée un
meilleur score (7,45%) que la liste MODEM mené par Jean-Luc Forget
lors des municipales de 2008 (5,89%), il est par contre difficile
de juger les résultats des "écologistes" certains étant sur la même
liste que celle du maire actuel, Pierre Cohen et d'autres sur la liste
alternative menée par François Simon qui figurait sur la liste
Europe Écologie aux européennes.

 La comparaison entre les élections européennes de 2004 et celles de
2009 soulève en ce qui concerne le MODEM un autre problème le MODEM
s'appelait alors UDF et de très nombreux membres de l'UDF d'alors
appartiennent désormais au Nouveau Centre qui est rattaché à l'UMP, en
2004, les listes de l'UDF ont obtenu 11,96% des suffrages exprimés. Le
passage de de 11,96% à 8,45% ne semble pas aussi important si on tient
compte de l'évolution du parti, de ses cadres, de ses militants, voire
de ses positions.

 Les alliances se modifient avec le temps ce qui rend les comparaisons
difficiles et cela ne concernent pas que le MODEM et le Nouveau Centre,
il est par exemple difficile de comparer les résultats du Parti Communiste
Français avec ceux du Front de Gauche, la création du Parti de Gauche
a modifié, l'échiquier politique, de même les dissidences dans
le Front National peuvent perturber les analyses sur l'évolution
de l'extrême droite.

 Les commentateurs se sont beaucoup intéressés aux "mauvais" résultats
du Parti Socialiste lors des élections européennes, à partir du
fichier toulousain que j'ai étudié la principale raison du faible
nombre de votes pour la liste socialiste en comparaison avec les
élections présidentielles de 2007 est l'abstention, celle ci est
nettement plus importante lors des européennes dans les bureaux où
Ségolène Royal avait obtenu de fort pourcentages lors des
présidentielles. Par ailleurs il faudrait analyser de manière plus
fine que je n'ai pu le faire les résultats sur une plus longue
période, pour essayer de comprendre certaines variations dont
certaines peuvent être petites, le Parti Socialiste n'a apparemment
conclu aucune alliance avec de plus petits partis, et un de ses alliés
traditionnels, le Parti Radical de Gauche, était totalement absent
sans donner de consignes de vote. Je n'ai pas réussi à mettre en
évidence un transfert de voix du Parti Socialiste vers le Front de
Gauche, ni vers le Nouveau Parti Anticapitaliste. Les comparaisons des
totaux de voix de gauche et voix de droite sont tentants dans une
perspective binaire et surtout avec l'obsession commune chez de
nombreux commentateurs de la prochaine élection présidentielle
française de 2012. J'ai regardé cela rapidement et il me semble qu'il
y a une très faible variation du rapport de force entre la droite et
la gauche, cela ne me semble pas très pertinent.

 Certains commentateurs semblent voir dans les élections européennes
une étape dont le seul but est permettre l'émergence ou la
confirmation de nouveaux chefs charismatiques pouvant amener leur camp
à la victoire lors de l'élection présidentielle. De nombreux
commentateurs ont tendance à personnaliser les enjeux à identifier
des gagnants, des perdants dans la course à la prochaine élection
présidentielle.

 L'idée de la comparaison des élections européennes de 2009 avec les
municipales toulousaines de 2008 m'est venu à l'esprit parce que
j'avais les données, parce que ce sont les élections les plus récentes
et donc il y a eu une très faible variation du corps électoral, mais
aussi parce que la liste de l'UMP de la région était menée par
Dominique Baudis qui a été maire de Toulouse entre 1983 et 2001. Je me
suis demandé si il y avait encore un effet Baudis sur les électeurs
toulousains ou si les électeurs toulousains ne se déterminait qu'en
fonction de critères nationaux, le vote pour l'UMP n'étant qu'un vote
pour le parti du président de la république et donc, pour de nombreux
commentateurs, une manière d'affirmer un soutien à l'action de ce
dernier. Le paradoxe politique toulousain a consisté entre 1971 et
2008 a voter à gauche pour les élections nationales et notamment les
élections présidentielles, exception en 2002 bien évidemment, et
délire une municipalité de droite, Dominique Baudis ayant été le seul
maire élu toujours au premier tour avec de de très bons scores. Par
ailleurs monsieur Sarkozy en 2007 a obtenu de très mauvais résultats à
Toulouse y compris dans les quartiers bourgeois dans lesquels les
résultats de Dominique Baudis étaient excellents. Il y a bien un
"effet Baudis", les résultats de la liste UMP aux européennes sont
meilleurs que ceux de monsieur Sarkozy en 2007, 30,03% contre 26,75%.
Attention, cet "effet Baudis" pourrait être un leurre et la variation
positive pourrait être expliquée par un changement local en faveur de
monsieur Sarkozy ou même un effet Christine de Veyrac, toulousaine et
deuxième sur la liste.

 Ces considérations peuvent sembler anecdotiques mais elles ont pour
but de montrer que les incertitudes dans les interprétions sont
grandes et les sources de variations nombreuses.

 Certaines des variations observées localement et nationalement sont
valables dans de nombreux pays européens, les partis sociaux
démocrates perdent des voix, les partis de "droite" et les écologistes
en gagnent. Je n'ai pas eu le temps de traiter toutes les données
disponibles. Les effets de ce que l'on appelle la crise économique
actuelle sur les comportement électoraux me semblent intéressants à
étudier, le mot "crise" est souvent apparu dans les discours, il est
légitime de voir un certain paradoxe dans le déclin des partis sociaux
démocrates européens alors que de nombreuses mesures préconisées par
des gouvernements "libéraux" pour faire face à la crise ressemblent à des
recettes de cette même social-démocratie.

 On peut tenter de lire les résultats des listes écologiques lors des
élections européennes de 2009 avec l'idée d'une posible influence de
la crise économique, même si je pense avoir montré qu'il y avait des
effets de mode de scrutin et beucoup d'incertitudes. Les liens entre
économie et écologie me semblent très importants mais je refuse de voir
l'indice d'une prise de conscience croissante sur ces sujets de la part
des électeurs. Le résultat le plus important et le plus évident
c'est bien évidemment l'abstention massive et croissante aux
élections européennes.

 Pour trouver de nombreux chiffres sur les résultats des élections en
France je vous conseille le site suivant:

http://www.france-politique.fr/

Très cordialement

--
Joseph Saint Pierre
http://cict.fr/~stpierre


Date Sujet  Auteur
23.06.09 * elections europeennes a ToulouseJoseph Saint Pierre
17.10.09 `- Re: elections europeennes a ToulouseGauloisir